Je ne sais pas toi, mais quand j’entends le terme de « lâcher-prise », j’ai la sensation d’être une fourmi au pied d’une montagne, ou de me trouver face à une aspiration chimérique comme celle d’atteindre l’état d’éveil des bouddhistes. Et pour cause : je pars de très loin, moi, perfectionniste ascendant contrôlante !
Tu te reconnais dans ce profil ? Alors cet article est fait pour toi, pour t’accompagner sur le chemin du lâcher-prise comme je le fais moi-même, pas à pas.
Quand j’observe le terme « lâcher-prise », s’impose à moi l’image d’une main tenant fermement quelque chose, qui s’ouvre pour le laisser partir. Ce mot s’oppose donc au contrôle, au besoin de maîtriser notre vie personnelle, nos émotions, notre travail ou les actions des personnes dont nous sommes responsables… ou pas (enfants, équipe, conjoint, parents, …).
Nous aimerions avoir le contrôle sur des personnes ou événements qui – par essence – sont hors de notre zone de contrôle. C’est en prenant conscience de cet état de fait que, justement, on accède au lâcher-prise.
Les cercles de Covey agissent comme un rappel visuel de ce que tu peux contrôler, ce que tu peux influencer, et ce qui est hors de ta zone de contrôle, quelle que soit l’énergie que tu y mettes :
Quand tu prends conscience de ces 3 éléments, alors tu accèdes à la paix intérieure, à la quiétude, voire à l’alignement, et tu peux utiliser ton énergie et ton temps à bon escient, en mettant le focus sur ce qui dépend uniquement de toi :
Mais soyons honnêtes. Quand une personne te challenge, bouleverse tes certitudes ou porte des jugements à ton sujet, il est difficile — voire impossible — de rester de marbre. Quand tu traverses une période compliquée au travail, que ta sécurité matérielle est en péril ou que ta compétence est remise en question, tes peurs s’activent et refont instantanément surface. Quand un proche est malade ou en difficulté et que tu es émotionnellement impacté.e, le lâcher-prise peut faire figure de gageure. Et pourtant…
Plus tu cherches à contrôler — tes enfants, ton conjoint, tes collègues, ton équipe, l’opinion des autres, voire ta propre manière de faire les choses ou de prendre soin de toi —, plus tu rencontres de résistance, et plus cela te coûte !
De même, lorsque tu œuvres corps & âme pour contrôler tes émotions, tes pensées ou tes comportements, émerge la terrible cohorte : échec, culpabilité, colère, frustration, déception ou baisse d’estime de soi. La spirale descendante est activée. Et le lâcher-prise semble totalement inaccessible.
Clé n° 1 - Le premier petit pas
Les situations ne sont pas le véritable problème : ce sont nos réactions face à elles. Le 1er petit pas ne serait-il pas de te poser, et de chercher quelle partie de toi s’active ? De laisser émerger la peur qui te confronte vraiment ? Est-ce la peur de manquer — d’argent, de sécurité, de lien, d’être accepté.e ou validé.e, ou même de manquer de répartie ? La peur de te tromper, d’être dominé.e, de ne pas être assez, de ne pas être adéquat.e ou conforme, …
Ce 1er petit pas peut demander un effort la 1ère fois. Il peut même être difficile. C’est pourquoi je te recommande de t’asseoir et de le faire par écrit. Ou de sortir marcher et de laisser venir les mots, à voix haute ou en silence.
Clé n° 2 - L’acceptation
Le 2ème petit pas se déroule en 3 étapes :
- Reconnaître & accepter tes limites & tes émotions.
- Reconnaître & accepter celles des autres, ainsi que leurs différences.
- Et surtout, accepter ce qui se présente dans l’instant.
Je partage avec toi une de mes croyances profondes : tout arrive au bon moment et pour une bonne raison dans notre chemin de vie. Parfois, c’est même un cadeau que je découvrirai a posteriori, et qui – je le concède bien volontiers ! – est souvent très, très mal emballé !
Cette croyance s’est avérée juste à chaque épreuve de ma vie. Elle m’a permis de traverser la maladie, le deuil, l’injustice, la trahison, le rejet, l’abandon et – plus petite – l’humiliation.
De prime abord, vient souvent la tentation instinctive & viscérale de nier la réalité, de dépenser ton énergie à ressasser ou à lutter pour rendre conforme à tes attentes ce qui « devrait être » ou « aurait dû être ».
Dès que tu t’en rends compte, reviens aux cercles de Covey. Fais la distinction entre ce que tu peux contrôler, ce que tu peux influencer, et ce qui t’échappe, inéluctablement. Dès lors que tu réalises que tu ne peux maîtriser ni les évènements ni autrui, alors tu es dans le lâcher-prise.
Clé n° 3 - L’observation
Avant d’aller plus loin, je voudrais te partager une histoire qui m’a profondément touchée.
Cette histoire symbolise tellement bien le lâcher-prise ! Tel un petit singe, nous sommes parfois (souvent ?) prisonniers de nos pensées, de nos émotions, de nos croyances et de nos modes de fonctionnement.
La clé réside dans le fait de t’observer quand tu es agrippé.e à ton « butin » et d’en prendre conscience. C’est à cette condition que tu pourras – petit à petit – accepter de lâcher la prise dans laquelle tu tiens ce qui t’enferme et te pollue.
Pour ce faire, tu dois faire le deuil de ce à quoi tu tiens (dans ce contexte précis) et accepter que la stratégie adoptée n’est pas la bonne.
Ce qui va t’aider :
- Liste les conséquences de ne pas lâcher-prise
- Trouve le sens dans la préservation de ce « butin»
C’est ainsi que tu pourras développer une nouvelle stratégie, plus aidante et plus libératrice pour toi. Car l’objectif n’est pas de renoncer à ce qui compte pour toi, mais de trouver une autre voie ou un autre moment, peut-être. Quand tu luttes face à un problème, tu entres en résistance. Et plus tu insistes, plus ça résiste (et plus tu perds de l’énergie !) C’est un peu comme lorsque tu cherches un nom que tu as sur le bout de la langue. Tu te concentres, tu fais des efforts et tu finis par t’agacer de ne pas le retrouver. Alors tu lâches l’affaire. Et contre toute attente, il finit par émerger à ta conscience, un peu plus tard… Le cerveau fonctionne ainsi, et il peut même te surprendre avec des stratégies plus créatives et plus pertinentes !
- Médite. Je n’ai encore rien trouvé de plus efficace pour laisser sédimenter l’agitation mentale et toutes les idées brassées chaque minute. Basée sur la simple observation de ce qui est, c’est un levier redoutablement efficace pour lâcher-prise et laisser décanter les étapes 1 & 2.
Mais que faire quand — malgré tout — les émotions désagréables perdurent et sont entretenues par les ruminations incessantes ?
Clé n° 4 - Ecoute tes émotions
Une émotion — aussi désagréable soit-elle — est porteuse d’un message. Lui fermer la porte, la nier ou tenter de la refouler est illusoire : tant que le message n’est pas entendu, elle continuera de frapper à ta porte, de plus en plus fort.
Voici les messages souvent associés aux émotions difficiles :
- La peur est liée à un besoin vital de sécurité, de protéger une part de soi ou de demander de l’aide.
- La tristesse demande à être acceptée, vécue, traversée. Peut-être as-tu besoin de te reconnecter à une valeur perdue ou non respectée : amour, lien, justice, respect, honnêteté, … Peut-être dois-tu accepter qu’une partie de toi ne sera plus : ta part d’enfant quand tu deviens adulte, ton rôle de parent quand ton enfant quitte le nid, ta place de conjoint.e lors d’une séparation ou d’un deuil, …
- La colère émerge lorsque ton intégrité physique ou tes valeurs ne sont pas respectées, ou quand quelqu’un ou quelque chose échappe à ton contrôle. Souvent, tu crois être en colère contre autrui alors qu’en réalité, tu es en colère contre ta propre incapacité à poser des limites, à te faire comprendre, à contrôler des évènements ou des personnes qui — paradoxalement — appartiennent à ton cercle des préoccupations ou d’influence et qui sont hors de ton cercle de contrôle.
- Le dégoût manifeste ton besoin de te tenir à distance d’une personne ou de quelque chose de toxique pour toi. Ecoute ton instinct.
Une fois que tu as identifié l’émotion et le message qu’elle délivre, mets-toi à l’écoute des sensations qu’elle provoque dans ton corps (nuque tendue, plexus serré, mal au ventre, …)
En coaching, j’utilise des outils de PNL pour évacuer ces sensations et les remplacer par des états plus aidants. Voici deux exercices que tu peux pratiquer seul·e :
1. Donne une forme à tes sensations :
- Observe la taille de cette forme, sa couleur, sa matière, sa luminosité, si elle fait un bruit ou si elle est en mouvement.
- Puis imagine que tu la sors de ton corps pour la poser sur un meuble en face de toi. Observe ce qui change : souvent, la forme se modifie et l’émotion diminue.
- Enfin, bouge ton corps : il est impossible de maintenir une émotion à la même intensité en bougeant. Quand tu t’arrêtes, esquisse un sourire (même forcé) pour envoyer un message contradictoire à ton cerveau.
2. Laisse vivre & mourir l’émotion :
Dès que tu sens qu’elle a cessé de monter, compte le temps qu’elle met à se dissoudre. Pendant que ton cerveau se focalise sur le comptage, il n’est plus alimenté par des pensées négatives et les ruminations.
Clé n° 5 - La perception
Lâcher prise ne signifie donc pas – comme je l’ai longtemps cru – être indifférent.e ou abandonner son objectif. C’est simplement changer de lunettes ou d’angle de vue, pour percevoir d’autres manières d’aborder ce qui se présente. Peut-être différemment. Peut-être un peu plus tard.
Voici une image qui me parle beaucoup : un cylindre éclairé par deux sources de lumière différentes projette deux ombres : l’une ronde, l’autre carrée. Les deux sont vraies. Aucune n’est le cylindre.
C’est exactement ce qui se passe dans nos relations.
Quand une personne te blâme, te critique ou te juge, elle te montre son ombre — pas ta vérité. Elle parle de sa propre histoire, de ses filtres, de ses blessures. Ce qu’elle perçoit est réel pour elle. Mais ce n’est pas toi.
En PNL, on dit que la carte n’est pas le territoire. Chacun.e perçoit la réalité à travers ses propres filtres (individuels, sociologiques, neurologiques), ses croyances, ses valeurs, ses émotions. Deux personnes peuvent observer la même situation et en rapporter deux vérités totalement différentes — toutes deux sincères.
De plus, ce qui nous irrite profondément chez l’autre nous appartient souvent aussi. C’est ce qu’on appelle la projection : ce qu’on ne supporte pas de voir en soi, on le voit chez l’autre.
Ainsi, la perception que tu as d’une situation en dit autant sur toi que sur elle. C’est là que commence le vrai lâcher-prise : non pas dans le renoncement, mais dans l’élargissement du regard, celui dont tu as parfois besoin pour avancer.
Changer d’angle ne signifie pas avoir tort. Cela signifie choisir la liberté de voir autrement.
Je retiens de Guy Finley quelques questions aidantes :
- Au nom de quoi ce que je ressens devrait-il dépendre de conditions extérieures à moi-même ?
- Quelle partie de moi a besoin d’être protégée ?
- Qu’a déjà produit mon inquiétude, sinon davantage d’inquiétude ?
- Ce que je ressens face à autrui m’apporte-t-il quelque chose de bon & de constructif ?
… & quelques affirmations constructives :
- Ce qui est arrivé devait arriver.
- Chaque moment est le bon moment.
- Chaque personne que je rencontre a quelque chose à m’enseigner.
- Ce qui est terminé est terminé.
Pour conclure
Le changement est une porte qui ne s’ouvre que de l’intérieur. C’est pourquoi un accompagnement en coaching peut changer la donne lorsqu’on ne parvient pas à l’ouvrir seul·e. Non pas pour que quelqu’un l’ouvre à ta place, mais pour t’aider à trouver la clé qui est déjà en toi. Je suis là pour t’aider à dépasser ce qui t’entrave, à recentrer ton énergie sur ce qui dépend vraiment de toi, à réaliser les projets qui te tiennent à cœur… ou à lâcher les attentes que tu as pour les autres.
Le lâcher-prise n’est pas une destination. C’est un chemin — vivant, non linéaire, parfois semé d’embûches. Cette histoire en est l’illustration : nous aurons toujours une part de nous à observer, à apprivoiser, à libérer. Ce n’est pas un échec. C’est le travail d’une vie.
Le lâcher-prise est une ouverture de conscience profonde. Il nous aide à comprendre & à intégrer que tout ce qui vient à nous peut participer à notre réalisation intérieure.
Alors, lâche le contrôle sur ce que tu désires, & laisse la vie t’apporter ce qui est bon pour toi, pour te faire grandir.

